Seul : Renaissance, ou comment un homme perd tout en une nuit
Par François —
Il y a des romans dont on connaît la fin dès la première page, et d'autres qui commencent par une image dont on ne se débarrasse plus. Seul : Renaissance appartient à la seconde catégorie.
Geoffrey Eytan Edelmann a tout. Chef d'entreprise, à l'aise, séduisant, il mène en parallèle une carrière de comédien à laquelle il tient plus qu'il ne l'avoue. Et puis une nuit s'écroule sur lui, et il ne reste rien. Karine, la mère de ses enfants, est morte. Il était là. Il a touché l'arme. Il l'a même arrachée du corps à pleine main avant de la jeter à l'autre bout de la chambre — un geste de panique, celui de quelqu'un qui veut que l'horreur cesse, et exactement le geste qui le condamne.
« Ils trouveront ses empreintes dessus dès le premier examen. Si son sort n'était pas encore scellé, il le serait dans quelques heures, sans aucun doute. »
Seul : Renaissance
Une accusation, et personne pour y croire
Ce que raconte ce premier tome, ce n'est pas une enquête policière classique. C'est ce que devient un homme quand tout le monde décide, en quelques heures, qu'il est coupable. Une instruction judiciaire s'ouvre. Les preuves matérielles s'empilent contre lui et aucune ne ment : il les a bel et bien laissées. Autour de lui, le cercle se resserre jusqu'à ne plus compter qu'une poignée de fidèles — son avocat, quelques proches, son père.
La scène la plus dure du livre n'est d'ailleurs pas celle du meurtre. C'est celle où Greg, son fils, se débat dans le couloir contre les policiers qui l'empêchent d'entrer, en donnant des coups de pied dans les tibias de tous ceux qui se mettent en travers, pendant que son père, maintenu au sol, lui parle calmement pour qu'il cesse. « Greg, calme-toi. Je suis là et je vais bien. Ne t'inquiète pas. C'est un malentendu. Je te jure que je n'ai pas tué ta mère. »
Tout le roman tient dans l'écart entre cette phrase et ce que le lecteur voit s'installer : un dossier qui, méthodiquement, dit le contraire.
Le pari du huis clos intérieur
Belisa Wagner fait un choix qui n'allait pas de soi pour un premier roman : elle passe beaucoup de temps à l'intérieur de son personnage. Ce qu'il ressent, ce qu'il se répète, la nausée qui le prend, la manière dont il calcule froidement sa propre perte pendant qu'il s'effondre. Le thriller est là, mais il avance à hauteur d'homme.
C'est ce que la première chronique parue sur le livre, en mars 2017, a retenu en premier : une écriture « fluide et très agréable », et surtout un rendu des émotions et du vécu intérieur désigné comme le point fort du roman. La chroniqueuse relevait aussi quelques raccourcis dans l'enquête et des personnages introduits un peu abruptement — le livre a été écrit par quelqu'un qui n'avait jamais rien publié — mais elle terminait sur une phrase qui vaut mieux qu'un satisfecit : « Hâte de découvrir le tome 2. »
434 pages écrites le soir, après le bureau
Il faut se souvenir d'où vient ce livre. Belisa Wagner était expert-comptable, en activité, et n'avait jamais écrit ni nouvelle ni texte court pour se faire la main. Après une journée un peu plus dure que les autres, elle a attrapé son ordinateur pour mettre par écrit une histoire qui lui trottait dans la tête depuis l'adolescence. Elle a découvert au passage quelque chose d'assez grisant : la possibilité de revenir en arrière et de modifier le cours d'une vie — celle de son personnage. Geoffrey Edelmann est né comme ça, de jour en jour.
Le manuscrit est devenu un roman de 434 pages, publié en mars 2016 par L'PM Éditions, une petite maison rouennaise aujourd'hui disparue. Le livre a été réédité en juillet 2017 chez BoD, avec une nouvelle couverture — celle qu'on lui connaît aujourd'hui.
Et ce qui devait être un livre est devenu une trilogie.
EN BREF
Titre
Seul : Renaissance (tome 1)
Parution
mars 2016 (L'PM Éditions) — réédition BoD, juillet 2017
Pages
434
Genre
Thriller, policier
ISBN
978-2-322-11787-1
